3li

Cloud, mobilité, big data… Le DAF est légitime à se positionner sur tous les sujets brûlants du moment. Il doit aussi parachever la digitalisation de sa propre direction. Directrice financière de Microsoft France, Mathilde Bluteauvit pleinement les mutations de sa fonction.

Le directeur administratif et financier (DAF) sait mieux que personne faire parler les données financières pour mesurer la performance de son entreprise. La révolution numérique lui offre une occasion unique de sortir de ce carcan d’« homme des chiffres », enfermé dans ses indicateurs, ses tableaux de bord et ses reportings. Il peut enfin devenir un stratège de premier plan dans la transformation en cours.

Le numérique irrigue tous les processus de l’entreprise ? Cela tombe bien, le DAF est le seul dirigeant à avoir une vision transverse de l’organisation. Relais entre la direction générale et les métiers, il est légitime à s’exprimer sur tous les sujets-clés du moment qu’il s’agisse du cloud, de la mobilité ou du Big Data.

De même en matière de cybersécurité, il est en première ligne pour mettre en place les procédures et les parades à même de lutter contre le déni de service, la fuite de données ou les malversations, qu’elles soient internes ou externes.

Selon un baromètre édité pour le Congrès des DAF, 45 % des DAF estiment être un acteur de la stratégie numérique et même, pour 21 % d’entre eux, tenir une position de leader. L’enjeu est tel que le directeur financier a enterré la hache de guerre avec le DSI alors qu’il a longtemps relégué l’informatique à une fonction support. Fonction qui était d’ailleurs le plus souvent sous sa tutelle. D’après une autre étude, publiée cette fois par EY, près des deux tiers des DAF ont même accru leur collaboration avec le DSI ces dernières années.

Quelle stratégie anti-uberisation ?

Pour Mathilde Bluteau, directrice financière de Microsoft France, le DAF a deux chantiers prioritaires à mener. Au niveau du comité de direction, il doit tout d’abord valider la feuille de route numérique. « Comment transformer son business model pour ne pas se faire ‘uberiser’ ? Dans nos univers ultra-concurrentiels, il n’y a plus de situation monopolistique. Les entreprises qui innovent ont une croissance plus forte et pérennisent leur modèle. C’est démontré. Travaillant avec les directions opérationnelles, les RH, les ventes, l’œil du DAF est plus affuté que d’autres pour déterminer ce qui génère du business. »

Une fois les arbitrages rendus, le DAF doit accompagner la DRH dans la mise en place d’un plan de formation et de conduite du changement afin d’embarquer tout le monde, des jeunes actifs de la génération Y aux seniors. Mettre en place un réseau social d’entreprise (RSE) ou ouvrir un « lab » ne suffit pas pour acculturer une entreprise au digital.

Le numérique modifie l’organisation du travail et redistribue les cartes. Notamment au niveau des cadres intermédiaires. « Avant, celui qui détenait l’information avait le pouvoir. Aujourd’hui, c’est celui qui la partage », observe Mathilde Bluteau. On passe d’un management directif à un management participatif.

Commencer par fiabiliser les données

L’autre grand chantier du DAF porte sur la digitalisation de sa propre direction. Comptabilité, gestion, facturation, paie… un nombre croissant de flux sont dématérialisés. Et la plupart des grands comptes se sont dotés d’outils structurants – rigides diront certains – comme les ERP à même d’harmoniser les process.

En revanche, en ce qui concerne les données qui viennent alimenter ces progiciels, les directeurs financiers se plaignent de leur qualité. Ils évoquent la nécessaire structuration de ces données avant de passer au Big Data. Selon une étude de PwC, près des deux tiers des DAF des grands comptes perçoivent d’ailleurs l’accroissement du volume de données comme une menace.

« Sur les processus financiers, la qualité des données à la source doit être totale sinon les informations seront inexactes ou difficiles à comparer, confirme Mathilde Bluteau. Les chiffres doivent avoir le même sens, d’une filiale à l’autre et entre les divisions».

Une fois ce travail de fiabilisation effectué, il s’agit de faciliter la collecte des données en mettant à disposition des outils de reporting web et mobile. Pour la directrice financière de Microsoft, ses équipes « doivent passer le moins de temps possible à récupérer les données pour se concentrer sur la valeur ajoutée, la pertinence dans l’analyse. » La création de rapports dynamiques (drill-down) permet notamment de zoomer sur des données, de déceler une tendance.

Il s’agit aussi de remonter les informations financières en temps réel. « Avant un mail était envoyé aux responsables opérationnels qui retournaient leurs chiffres à l’approche de la clôture. S’en suivait une phase de consolidation. Aujourd’hui, je peux commencer à regarder les données avant que tout soit finalisé. Je peux m’étonner de certaines et demander à rectifier le tir sans attendre de tout recevoir. »

Les DAF français revoient leur position sur le Cloud

Ce changement de pratique s’appuie sur deux piliers : la mobilité et le Cloud. « En deux ans, les mentalités ont évolué, note Mathilde Bluteau. La plupart des DAF ne voulaient pas aborder la question du Cloud en mettant notamment en avant le volet sécurité. Ce sont pourtant les solutions qui évoluent le moins qui sont le plus sensibles aux failles. Aujourd’hui, les entreprises françaises sont dans une bonne dynamique. De toute façon, quand vous êtes une multinationale, les sujets vous rattrapent. »

Le Cloud permet aussi de passer d’une licence logicielle à un abonnement et donc d’un mode Capex à un mode Opex. Ce qui réduit d’autant les immobilisations. Un argument qui peut faire mouche auprès des directeurs financiers. Le Cloud assure, enfin, la continuité d’activité. « Au siège de Microsoft à Issy-les-Moulineaux, nous avons eu un incendie en pleine clôture des contrats. Cela n’a eu aucun impact, nous avons clôturé à temps. »

Le big data pour anticiper les ventes

Les sociétés les plus matures qui ont franchi toutes les étapes précédentes peuvent enfin s’aventurer sur le terrain du Big Data en allant associer données internes et données exogènes émanant notamment de la navigation web, des réseaux sociaux ou des bases publiques en open data. De la fidélisation client à la détection de la fraude en passant par le recrutement prédictif, le terrain de jeu est illimité.

« En fonction notamment des prévisions météo, un contrôleur de gestion peut anticiper l’évolution des ventes. » Mathilde Bluteau croit beaucoup en l’association entre Big Data, machine learning et Internet des Objets. « Un capteur placé sur un distributeur de boissons va indiquer qu’il est bientôt vide, illustre-t-elle. L’information remonte au système comptable qui s’assure que la machine est toujours sous contrat. Une alerte est alors lancée et la tournée de l’agent de maintenance optimisée. »

 

Edité par Xavier Biseul, ZDNet

Source : ZDNet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *