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Inquiétude des céréaliers : forte chute de la récolte 2016 de blé, baisse des cours mondiaux. L’analyse de Sébastien Abis du Centre International de Hautes Etudes agronomiques méditerranéennes. Faut-il s’alarmer de la chute de 26 % de la production française de blé alors que les cours mondiaux s’effondrent en raison du rendement record de pays comme les Etats-Unis, le Canada, l’Ukraine ou la Russie ?

Sébastien Abis : A court terme, oui, à long terme non. Car on ne peut pas juger de la production sur une seule année. Nous avons eu en 2015 une récolte record qui a permis de constituer des stocks. Certes, il est possible que notre capacité à l’exportation vers les pays tiers s’en trouve réduite. Il ne faut cependant pas sur-amplifier l’impact de la baisse de rendement de cette année. Mais il est urgent de bien accompagner la prochaine campagne 2016-2017. Tout dépendra des mesures prises pour la réussir.

Le marché mondial du blé est tenu par une minorité d’acteurs. Ce sont dix puissances qui fournissent 90% de la production totale. La France fait partie de ce “top ten”. Comme la Chine et l’Inde, qui sont les deux premiers producteurs, mais qui n’exportent pas. Etant donné la population dans ces deux pays, ils ne produisent que pour leur consommation intérieure.

Cinquième pays producteur et troisième ou quatrième exportateur, selon les campagnes, la France est parvenu au cours de la dernière décennie à faire en sorte que 60% de sa production parte à l’exportation. Ceci est le fruit d’une politique engagée par le Général de Gaulle et favorisée par la Politique agricole commune (PAC) européenne. Un secteur dans lequel la France est très compétitive, puisque l’excédent commercial représentait, l’année dernière, neuf milliards d’euros. Il équivaut à la vente de deux Airbus par semaines ou de 80 Rafale par an.

 

Cependant, la France va, cette année, perdre sa place de premier exportateur européen au profit de l’Allemagne…

Sur ce volume de blé à l’exportation, la France en vend environ 30 à 40% vers les pays de l’Union européenne et 20 à 30% vers les pays du bassin méditerranéen, en premier lieu l’Algérie, le Maroc, l’Egypte qui est le premier importateur mondial, la Tunisie et le Liban.

Dans les pays d’Afrique du Nord, où la démographie croissante est extrêmement forte, la consommation de blé ou de semoule ne diminue pas. Elle est de 200 kilos par personne par an dans cette région contre 110 kilos en France. Compte-tenu des problèmes que ces pays rencontrent sur le plan agricole en raison de la rareté de l’eau, de la surexploitation des sols et des difficultés à améliorer les rendements, la France devrait mettre en œuvre des contrats pluriannuels pour éviter les à-coups de la production céréalière et de la fluctuation des cours. Cela permettrait de développer une relation partenariale gagnante pour tout le monde.

Quand la France vend des Rafales, tout le monde en parle, mais on aurait aussi tout intérêt à valoriser la diplomatie économique par le biais de contrats bilatéraux alimentaires.

 

 

Comment expliquez-vous que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll ait, dès le mois d’août, annoncé des mesures pour venir en aide aux producteurs céréaliers ?

Contrairement aux légumiers ou aux éleveurs, le monde céréalier n’était pas regardé comme un secteur vulnérable. La filière est compétitive, mondialisée. Des céréales, on en consomme tous les jours dans tous les pays. C’est une production vitale. La réaction du gouvernement montre donc qu’il est attentif à ces difficultés. Il a senti qu’il y avait un besoin social pressant car les gros producteurs sont une minorité.

 

N’existe-t-il pas une assurance pour compenser le manque à gagner des producteurs confrontés aux intempéries – pluies diluviennes, inondations – de mai et juin dernier ?

Très peu d’agriculteurs sont assurés contre le choc climatique comme celui que nous avons connu cette année. Certains le sont à travers les coopératives. Mais le dispositif a besoin d’être amélioré. Pour s’assurer, un exploitant se doit d’avoir les reins solides. On a peut-être trop attendu pour intégrer le phénomène climatique dans le risque assurantiel.

Au cours des dernières années, nous avons commis deux impairs. Le premier a été d’enfermer le débat sur l’activité agricole dans une clé de lecture environnementale et écologique. C’était sans doute nécessaire à condition de ne pas être exclusif de cette approche.

Le second a été de trop peu prendre en considération les éventuels chocs climatiques. L’épisode que nous connaissons devrait poser la question de l’aménagement agricole avec ses fossés, ses haies, et son système d’irrigation.

 

 

Edité par Denis Demonpion, Journaliste

Source : nouvelobs.com

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