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Créée à l’origine par les sociétés d’assurance et les organismes de financement, la cote a été rattachée à la FNTP, qui en assure la gestion et l’animation. Service aux adhérents, et au-delà à une profession, celui de la filière Matériel en France, entreprises, constructeurs, distributeurs, loueurs, la cote FNTP a structuré le marché. Cinquante ans après sa création, a-t-elle encore la cote ? Est-elle encore en phase avec les besoins des exploitants ? Reste-t-elle en phase avec la réalité d’un marché globalisé ? S’est-elle fait déborder par les enchères ? Eléments de réponse.

1965. A l’initiative des assureurs et des organismes de financements, le premier ajustement des grilles avec des tarifs de transaction est créé en France. Objectif : obtenir des décotes des matériels en fonction de leur âge, indispensable dans la démarche d’investissements des entreprises de TP. A cette fin, trois variables de base sont définies :

la décote systématique dès la première année par rapport au prix neuf, dit prix « catalogue »,
la valeur résiduelle de la machine en fin de durée de vie de la machine,
la durée de vie technique de la machine.
2005. La cote, animée par la délégation Matériel de la FNTP, est mise à jour une fois par an. Elle fait office de référentiel, dématérialisé depuis cinq ans, pour la profession et contribue à la fluidification du marché. Elle participe, de fait, à la défense du secteur. Il s’agit, de fait, d’une cote Métier, nécessaire voire indispensable pour faire des estimations sur les matériels TP.

 

Ajustements

Depuis une dizaine d’années, l’évolution plus erratique du marché et l’apparition de nouveaux acteurs sur le marché d’occasion –les ventes aux enchères-, des variations significatives sont apparues sur les prix constatés. Des écarts à la hausse comme à la baisse, entre les valeurs de la cote et les tarifs pratiqués « par ce prix de marché », lors de ces ventes aux enchères, qui concentrent des volumes importants de matériels de seconde vie. En cause, l’écart entre les prix catalogue, qui sert de référence pour la cote et le prix « réel » auquel l’achat du matériel neuf a été effectivement acquis par l’entreprise.

Est-ce, pour autant, la fin de la cote ? Dans un monde en mutation rapide, la cotation a vocation de « permanence », en tout état de cause d’indépendance, vis-à-vis des fluctuations de marché.

Si elle fait référence à un niveau standard, des éléments de pondération doivent être intégrés. Elle reste un outil puissant qui peut être amélioré, en particulier en termes d’ergonomie et de prise en considération de la physionomie actuelle du marché, avec de nouvelles typologies de machines, parfois très spécifiques, qui ne sont pas prévus dans le système. Exemple. Dans le cas d’une pelle de démolition, la valeur de la flèche peut avoisiner la moitié du prix du porteur. Ces aménagements la rendraient plus réactive et plus adaptée à la réalité du marché.

De même, dans les variables d’ajustement, il serait judicieux de se pencher sur la traçabilité de l’entretien et de prendre en considération les temps de ralenti dans le décompte total des heures travaillées. Une appréciation d’expert, difficile à quantifier. A plus long terme, c’est l’intégralité du cycle de vie de la machine qui devrait être considérée.

Temporalité

Un point de vigilance, les prix tarifs avancés par certains acteurs qui visiblement, font du hors sujet par rapport à la valeur de marché. Sa pérennité est conditionnée par sa capacité à accompagner les professionnels des TP dans l’évolution de leur métiers avec pour corollaire, la diversification de leur parc et la multiplicité des équipements spéciaux. Elle est également liée à la possibilité de corréler la valeur du matériel avec les critères de prévention et d’énergie. Demain, les matériels les plus ergonomiques, sécurisants et sobres devront présenter un bonus. Même constat pour les matériels d’occasion « récents », affichant moins de 5 000 heures travaillées, dont le potentiel s’étant raréfié, tend à apprécier la valeur marché. Enfin, l’arrivée sur le marché des gammes équipées des nouvelles générations de moteurs (Etape 3B et Etape 4), doit être pris en considération, tant cette évolution technologique va transformer les débouchés de ces matériels, plus chers à l’achat et, sauf intervention technique, moins facile à écouler en deuxième vie.

S’agissant de biens d’équipements, de plus en plus sophistiqués et souvent de plus en plus spécifiques, il faut être réaliste et considérer qu’une cote de type Argus, n’est pas envisageable. Pour autant, et pour conserver sa pertinence, la cote doit tendre vers une valeur qui reflèterait la valeur réelle des machines à partir de leur prix de vente. En corrélant au mieux les niveaux de marché des prix, les dépréciations seraient moindres. Ainsi, le besoin des exploitants de définir des décotes de leur parc en fonction de leur l’âge des machines serait satisfait. La valeur vénale serait également estimée de ces matériels en seconde vie.

 

Ce qu’ils en pensent

Didier Thévenard, animateur général de la délégation Matériel de la FNTP : « la cote ne peut pas être à la fois un point de repères et un élément fluctuant au grès du marché. A ce titre, le prix pratiqué lors des ventes aux enchères constitue une photographie à l’instant « t » du marché et donc du besoin. Il n’y a pas réellement d’expertise, mais une prise de risques intéressante tant pour l’acheteur que pour le vendeur. Ce qui pourrait être envisagé, c’est d’introduire dans la cote FNTP, une certaine mobilité des paramètres qui serait laissée à l’appréciation de l’expert. »

Sylvain Bassaïstéguy », président de SOMTP : « la côte FNTP est utile. Même si elle ne fait pas le prix, elle est consultée par nos équipes commerciales et nos clients. Le vrai arbitrage réside dans la loi de l’offre et de la demande, qui permet de définir la valeur de marché, dans un environnement très volatile. »

Thierry Robert, directeur Matériel du groupe NGE : « La cote est incontournable dans la valorisation d’un parc de matériel. Elle constitue une stabilité dans le calcul de cette valeur. Même si nous achetons majoritairement des matériels neufs, nous procédons à quelque sortie d’actifs, tout au long de l’année et à tout moment de la vie d’un matériel. C’est dans ce contexte que nous sommes utilisateurs de la côte. Dans notre cas, c’est plus un référentiel de valorisation d’actif, qu’une référence pour la revente de matériel d’occasion. Il ne faut pas comparer avec un prix de marché avec une cote. Ces deux éléments ne sont pas antinomiques. Ils s’additionnent. La cote sert à valoriser du matériel en interne, en cas d’acquisition mais aussi pour les sinistres voire des destructions complètes. Le marché, lui fluctue très vite. Suivant le type de matériels, on se situe sur un marché local, typiquement pour une machine de moins de 20t. Au-delà, le marché est mondial. On ne peut pas demander à la cote FNTP de gérer ce dernier pour les matériels de production. De plus, sur ces prix de marché très fluctuants, nous disposons aujourd’hui, des outils de communication qui permettent d’accéder à ce type d’informations. »

Christophe Lagandré, directeur Grands Comptes Europe de Volvo CE : « lorsque nos concessionnaires sont amenés à reprendre une machine d’occasion, la cote FNTP est une base. Il existe d’autres référentiels et surtout différents paramètre qui vont influer sur le prix. La réputation de la marque, la réputation d’une gamme ou d’un modèle, -lorsque vous avez un constructeur qui fait 50% de part de marché sur une typologie de produits, la valeur intrinsèque du matériel est supérieure à celle dont le concurrent est à 5% de part de marché-, la population de machines sur un territoire donné, et à travers cet indicateur, la performance d’un réseau ou d’un concessionnaire –avec en filigrane la qualité de service »sont autant d’élément qui participent à la définition du prix. Sur des ventes dites « retail », à client final, la taille et le professionnalisme du concessionnaire vont influer énormément sur le prix de vente final. Les conditions d’utilisation, et par extension, l’état général de la machine, ont également un impact sur le prix de vente final. Un élément important, qui pourrait tirer vers le haut l’ensemble des acteurs, réside dans la qualité du suivi et l’entretien de la machine. La traçabilité de cette prestation est aujourd’hui totale. Bon nombre d’exploitants investissent beaucoup dans ces domaines, parfois même de manière préventive. La qualité du matériel différera significativement. Pourtant, elle n’est pas prise en compte par la cote FNTP. »

Benoît Etienne, président de Wirtgen France : « Sur des marchés de très faible diffusion, de 50 à 150 unités par an en France, qui est celui sur lequel nous intervenons, à l’exception des petits compacteurs plus diffusés, les écarts constatés sont très importants selon la notoriété des produits et de marques. La cote FNTP ne peut pas refléter cela, le principe mathématique étant basé sur la remise d’un prix tarif. J’illustre le propos : dans un marché transparent, où toutes les transactions sont visibles, il se peut qu’un finisseur d’agence de 10 ans ait une valeur supérieure à une machine équivalente de trois ans affichant 2000 ou 3 000 heures. »

Guillaume Bassaïstéguy, président de M Loc : « C’est une référence sur les matériels de location, qui sont très sollicités par les clients, que nous vendons en fin de vie, ou, plus rarement en milieu de vie à l’export ou à des marchands. Ces matériels sont légèrement surcotés dans la mesure où, pour des matériels de 7 à 8 ans, il y a une différence entre la valeur marchande et la cote très peu valorisée par la cote FNTP. »

 

Le point règlementaire

Que se passe-t-il au sein d’un groupement Matériels quand les différentes parties prenantes ne sont pas d’accord sur la valeur ? Réponse par Jean-Jacques Le Moal, expert judiciaire : pour les apports ou les cessions de matériels à un groupement, il faut considérer deux cas de figure :

Les groupements de courte durée, dans lesquels les entreprises apportent du matériel sous forme d’un tarif de location convenu d’avance,
Les groupements de plus longue durée, dans lesquels les associés cèdent du matériel, toute la difficulté étant de trouver une juste équilibre entre la valeur demandée par le cédant et celle que l’acheteur souhaiterait payer. Cela est d’autant plus difficile à évaluer que souvent ce type de participation a lieu à l’international, avec ces apports d’entreprises de toutes origines. Il faut reconnaître que la « metric cote » fait référence et sert de base. A partir de cette metric cote, il convient de définir un coefficient d’abattement ou de majoration qui fera que chacun apportera son matériel dans les conditions qu’il aura calculé et qui seront reconnues par les partenaires une fois les règles du jeu précisées.

 

Edité par J-N.O

Source : chantiersdefrance.fr

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